Dossier : les tempêtes en Bretagne

La liste des tempêtes de la saison 2026-2027 vient d'être rendue publique par Météo-France. Les tempêtes font partie intégrante de notre climat mais evoluent-elles avec le réchauffement climatique ?

Dossier : les tempêtes en Bretagne
Dossier : les tempêtes en Bretagne
30 août
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Dossier : les tempêtes en Bretagne

La liste des tempêtes de la saison 2026-2027 vient d'être rendue publique par Météo-France. Les tempêtes font partie intégrante de notre climat mais evoluent-elles avec le réchauffement climatique ?

Comment sont nommées les tempêtes ?

Chaque année, à la fin de l'été, une nouvelle liste de noms de tempêtes est publiée afin de préparer la saison suivante. Pour la saison 2026-2027, qui débutera le 1er septembre 2026 et s'achèvera fin août 2027, c'est la France qui était chargée de proposer la liste au sein du groupe dit « Sud-Ouest », qui réunit désormais six services météorologiques : Météo-France, AEMET en Espagne, IPMA au Portugal, l'IRM en Belgique, MeteoLux au Luxembourg et Meteo Andorra en Andorre. Plus de 40 000 personnes ont participé à la consultation organisée par Météo-France au printemps, avant que les différents services météorologiques ne se concertent pour établir la liste définitive. Celle-ci comporte 21 prénoms : Adam, Bruna, Charles, Diane, Eric, Flora, Gabriel, Héloïse, Igor, Julia, Kevin, Lola, Michel, Nathalie, Oscar, Paola, Rafael, Sandra, Thomas, Vera et Walter.

Mais un prénom n'est pas attribué à chaque dépression qui traverse l'Europe. Une tempête est nommée lorsqu'elle est susceptible de provoquer une vigilance orange ou rouge pour le vent dans l'un des six pays du groupe. Le service météorologique qui prévoit d'émettre en premier cette vigilance attribue alors le nom suivant dans la liste et en informe les autres pays. La dépression conserve ensuite ce même nom tout au long de son cycle de vie, ce qui permet aux services de secours, aux autorités, aux médias et au public de parler du même phénomène avec une appellation commune. Le système ne concerne donc pas uniquement la France : il repose sur une coordination européenne, sous l'égide d'EUMETNET. Lorsqu'une perturbation doit d'abord toucher le Royaume-Uni, l'Irlande ou les Pays-Bas, elle peut être nommée par le groupe « Ouest » constitué autour du Met Office, de Met Éireann et du KNMI, et Météo-France reprend alors ce nom plutôt que d'en attribuer un nouveau. Cette liste devra être surveillée car elle concerne directement la Bretagne.

Cette publication à la fin du mois d'août n'est donc pas anodine. Le 1er septembre marque conventionnellement le début d'une nouvelle saison de nommage, période qui couvre l'automne, l'hiver et le printemps jusqu'à la fin août suivante. C'est également à partir de l'automne que les dépressions atlantiques susceptibles de produire des vents violents deviennent statistiquement plus fréquentes en Europe occidentale. La liste est donc préparée à l'avance pour que, lorsqu'une situation dangereuse se présente, les météorologues puissent immédiatement utiliser un nom connu et partagé. L'objectif n'est pas de donner davantage d'importance à une tempête, mais de rendre le risque plus facilement identifiable et mémorisable : dire « la tempête Xynthia » ou « la tempête Ciarán » permet de suivre un événement dans le temps beaucoup plus simplement que de parler d'une dépression en fonction de sa position ou de sa pression. Le système français est relativement récent. Pendant plusieurs décennies, les dépressions et anticyclones européens étaient notamment baptisés par l'Université libre de Berlin, ce qui explique des noms comme Klaus, Xynthia ou Petra que l'on retrouve encore dans les archives météorologiques. Depuis 2017, Météo-France et ses partenaires du groupe Sud-Ouest utilisent leur propre système de nommage afin d'avoir une organisation directement adaptée à la communication des risques auprès du public et des autorités. Cette évolution s'inscrit dans un mouvement européen plus large : le Royaume-Uni et l'Irlande avaient déjà lancé leur propre système en 2015, rejoints ensuite par les Pays-Bas.

Historiquement, la nomination des tempêtes était sexiste

C'est probablement l'aspect le plus intéressant historiquement mais les noms des tempêtes ont longtemps été sexistes. L'utilisation de prénoms féminins pour les phénomènes météorologiques ne vient pas d'une quelconque propriété scientifique des « tempêtes féminines ». Dans plusieurs systèmes de dénominations historiques, notamment celui utilisé pour les cyclones tropicaux, les prénoms féminins ont été privilégiés pendant des décennies. Dans l'Atlantique Nord, par exemple, les listes étaient exclusivement féminines jusqu'à la fin des années 1970, avant que l'on introduise l'alternance entre prénoms masculins et féminins à partir de 1979. Cette pratique reflétait surtout les normes sociales de l'époque et a progressivement été remise en question parce qu'elle pouvait associer implicitement des phénomènes destructeurs, violents ou imprévisibles à des figures féminines.

Aujourd'hui, les listes sont construites en recherchant un équilibre entre prénoms masculins et féminins et en tenant compte des différentes langues des pays concernés. Les noms doivent notamment être suffisamment faciles à prononcer et à comprendre, ne pas avoir de signification problématique dans les pays partenaires et éviter les références susceptibles de créer une confusion ou une controverse. Cette évolution est importante : elle montre que la météorologie n'est pas complètement indépendante de la société dans laquelle elle s'inscrit.

Qu'est-ce qu'une tempête ?

Une tempête est une vaste zone de vents violents associée à une dépression, c’est-à-dire une région où la pression atmosphérique est plus faible que dans son environnement. Aux latitudes tempérées, comme en Bretagne, ces dépressions se développent principalement grâce au contraste entre l’air froid venu des hautes latitudes et l’air plus doux qui remonte de l’Atlantique subtropical. En altitude, vers 8 à 12 km, ce contraste thermique alimente le courant-jet, un véritable « rail » de vents très rapides circulant généralement d’ouest en est. En hiver, le courant-jet est en moyenne beaucoup plus puissant : Météo-France indique qu’il peut atteindre exceptionnellement 300 à 400 km/h, alors que sa vitesse moyenne est de l’ordre de 160 km/h en hiver contre 80 km/h en été. Lorsqu’une dépression se positionne favorablement sous ce courant-jet, les mouvements d’air en altitude favorisent la montée de l’air et peuvent provoquer un creusement rapide de la dépression, avec une chute de pression et une accélération considérable des vents.

C'est pour cette raison que la Bretagne est particulièrement exposée aux tempêtes entre l'automne et le printemps, avec un maximum d'activité généralement de décembre à février. À l'échelle de l'Atlantique Nord, environ 80 % des tempêtes se forment en automne et en hiver, et 56 % surviennent entre décembre et février. Sur notre région, les vents de plus de 100 km/h sont loin d'être exceptionnels sur les caps et les îles : la Pointe du Raz (29) connaît en moyenne 26,4 jours par an avec une rafale dépassant 100 km/h, sur la période 1981-2010, tandis que Perros-Guirec (22) en comptait 21,2 jours par an entre 2001 et 2010. Cela ne signifie toutefois pas que chaque journée à 100 km/h correspond à une tempête : ces rafales peuvent également être produites par des orages ou des phénomènes très localisés. La saison tempétueuse s'étend surtout d'octobre à avril, lorsque le courant-jet est plus puissant et que les contrastes thermiques entre les masses d'air sont plus marqués. En vulgarisant davantage, on parle souvent de tempête pour des vents de 100 km/h dans les terres et au-dessus des 120 km/h sur le bord de mer.

Existe t-il un lien entre les tempêtes et le changement climatique ?

Le lien entre changement climatique et tempêtes est loin d'être aussi simple que « plus chaud = plus de tempêtes ». À l'échelle de l'Europe et de l'Atlantique Nord, les observations ne permettent pas aujourd'hui d'établir une tendance suffisamment robuste montrant que les tempêtes deviennent systématiquement plus nombreuses ou plus venteuses sous l'effet du réchauffement climatique. Le GIEC souligne d'ailleurs que les évolutions des vents associés aux dépressions extratropicales restent fortement dépendantes des régions et de l'évolution des trajectoires des dépressions. En revanche, le signal est beaucoup plus clair concernant les précipitations : une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d'eau, avec une augmentation d'environ 7 % de la quantité maximale de vapeur d'eau dans l'atmosphère par degré de réchauffement. Les tempêtes peuvent ainsi transporter et déverser davantage d'eau lorsqu'elles se développent dans un environnement plus chaud.

C'est notamment là qu'interviennent les rivières atmosphériques : de longs et étroits corridors de vapeur d'eau qui transportent de grandes quantités d'humidité depuis les régions subtropicales vers les latitudes tempérées. Elles sont fréquemment associées aux dépressions atlantiques et à leur « courant-jet », et peuvent alimenter leurs précipitations lorsqu'elles atteignent l'Europe occidentale. Les projections climatiques indiquent une augmentation de la quantité de vapeur d'eau transportée par les cyclones extratropicaux de l'Atlantique Nord, avec une hausse d'environ 14,5 % dans une projection à la fin du siècle, soit environ 3,3 % par degré de réchauffement dans l'étude publiée en 2026. D'autres travaux projettent également une augmentation importante de l'activité des rivières atmosphériques en Europe occidentale. Pour la Bretagne, cela signifie que le changement climatique pourrait surtout se traduire par des tempêtes potentiellement plus humides et des épisodes de pluie plus intenses, plutôt que par une augmentation clairement démontrée du nombre de tempêtes ou de la vitesse de leurs vents.

Toujours à l'échelle de la Bretagne, cette distinction est importante : on observe historiquement environ une quinzaine de coups de vent par an, une à deux tempêtes par an, et un événement exceptionnel de type Ciarán environ tous les dix ans. Ces ordres de grandeur restent globalement stables dans les séries climatiques disponibles et ne permettent pas, à ce stade, de conclure à une augmentation statistiquement significative de la fréquence ou de la violence des tempêtes bretonnes. Il existe néanmoins des travaux d'attribution qui commencent à mettre en évidence des évolutions sur certains événements particuliers. C'est notamment le cas de l'analyse consacrée à la tempête Amy, menée par Davide Faranda et Mireia Ginesta dans le cadre de ClimaMeter : en comparant des situations météorologiques similaires dans le climat actuel et dans un climat passé, les chercheurs estiment que les tempêtes comparables à Amy pourraient être jusqu'à 2 hPa plus creuses, environ 4 km/h plus venteuses sur les côtes irlandaises et françaises et jusqu'à 3 mm de pluie supplémentaires par jour, soit jusqu'à environ 10 % de précipitations en plus. Ces résultats sont intéressants car ils suggèrent qu'un climat plus chaud peut renforcer certaines caractéristiques d'une tempête, notamment son humidité, ses précipitations et, dans certains cas, son intensité. Mais il faut rester prudent : une étude d'attribution sur un événement particulier ne suffit pas à établir une tendance climatique générale pour les tempêtes bretonnes. À ce stade, le signal le plus solide reste donc celui d'une atmosphère capable de produire davantage de précipitations extrêmes ; pour la fréquence et la force des tempêtes, les incertitudes restent importantes.

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